lundi 9 septembre 2019

Réaffirmer la place du français au Canada


« Le statut du français en recul au pays », tel est le titre d'un texte d'opinion paru tout résemment dans La Presse sous la plume de M. Jean Johnson, président de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada. Je vous invite à lire ce court article.

https://www.lapresse.ca/debats/opinions/201909/06/01-5240148-le-statut-du-francais-en-recul-au-pays.php

Plusieurs facteurs expliquent ce recul, mais il en est un sur lequel il est possible d'agir rapidement : il s'agit de la Loi sur les langues officielles. En cliquant sur le lien plus bas, vous verrez en quoi cette Loi, telle qu'elle est formulée et appliquée actuellement, limite l'épanouissement de notre langue au Canada. Si vous le désirez, vous pourrez appuyer les francophones en situation de minorité en demandant à vos candidats aux élections fédérales de s'engager envers les langues officlelles de manière à ce que le français atteigne un statut égal à l'anglais dans ce pays.

https://votezlanguesofficielles.ca/reaffirmer-la-place-du-francais-au-canada/

Merci!

Guy Pilote

dimanche 18 août 2019

Vous et moi

Je suis de retour à Shawinigan. C'est ici que je vis depuis quelques années seulement. C'est à Trois-Rivières que j'ai passé la plus grande partie de ma vie (plus de 40 ans). Je m'y suis installé vers l'âge de 18 ans pour y étudier d'abord, et pour y rester finalement. J'ai vécu les 18 premières années de ma vie à La Tuque, là où je suis né. Ce sont trois villes situées aux abords de la rivière St-Maurice. Toute ma vie, j'ai suivi cette rivière dans l'espace (entre La Tuque et Trois-Rivières) et elle m'a suivi dans le temps (je ne l'ai jamais perdu de vue).

Chez-nous, à Shawinigan, je vais régulièrement marcher sur la promenade du St-Maurice. Bel endroit pour se détendre ou pour réfléchir. Je prédis que ce sera plutôt pour réféchir que je m'y promènerai dans les mois à venir. Francophones de l'Ontario, du Manitoba, de la Saskatchewan, de l'Alberta et de la Colombie-Britannique, vous m'avez si bien nourri intellectuellement que je dois maintenant assimiler tout ce dont nous avons discuté avant d'écrire à nouveau au sujet de cette francophonie que vous faites vivre dans vos coins de pays respectifs.

La promenade du St-Maurice


La rivière St-Maurice à la hauteur de Shawinigan




Francophones du pays, je vous remercie du fond du coeur pour l'intérêt que vous avez démontré vis-à-vis ce projet " Rouler franco ". Je suis parti à votre rencontre dans un esprit d'ouverture, j'ai voulu établir avec vous des liens fraternels, et vous m'avez vous aussi accueilli avec cette même attitude. Cela a donné lieu à de beaux moments, à de riches discussions. Vous m'avez permis de vous découvrir.

Je remercie également tous mes lecteurs d'avoir pris le temps de lire mes articles écrits tantôt avec sérieux, tantôt avec folie. Me savoir lu me stimulait beaucoup. Merci d'avoir commenter mes articles sur ce blogue même, mais aussi par courriel, par messenger, par texto et sur Instagram.

Il y aura très probablement une suite à cette aventure. Quelle forme elle prendra? Je ne sais pas encore. Je vous en informerai lorsque cela deviendra plus clair. En attendant, vous pouvez toujours communiquer avec moi par courriel à l'adresse suivante: roulerfranco@gmail.com

Dolorès prendra congé, Norco, mon vélo, la remplacera pour quelque temps. Besoin de redonner du tonus à mes muscles et de l'amplitude à ma respiration. Lucien, lui, continuera d'écouter de la musique... Il adore!

Et si tout va comme prévu, je parcourrai les Maritimes l'été prochain, dans le même esprit...

Guy Pilote



En suivant la rivière St-Maurice pour se rendre à La Tuque.





mercredi 14 août 2019

Un havre de paix à North Bay

De Hearts à North Bay, c'est presque 7 heures de route. Fatigué, je m'arrête au Dreany Haven campground. Oui, c'est réellement un havre de paix.



À la réception, la très gentille propriétaire est francophone. Elle m'indique l'endroit où je pourrai m'installer. Petit rituel : après avoir pris possession de mon terrain, je m'empresse d'aller voir de quoi ont l'air les toilettes et les douches. Ici, tout est parfait !

C'est maintenant l'heure de préparer mon repas du souper. Sur le terrain d'à côté, deux femmes viennent rendre visite à ma voisine et je remarque qu'elles lui parlent en français! Les trois femmes discutent un moment, puis les deux visiteuses repartent. Ma voisine, Diane de son prénom, me jette un regard ouvert à la conversation. Je lui dis bonjour. Nous discutons quelques minutes, puis elle rentre dans sa roulotte.

Le souper est prêt, je m'installe pour manger. Une femme se présente soudainement à ma table de pique-nique et m'aborde ainsi: « vous êtes M. Pilote »? Je la regarde avec étonnement. Elle me dit: « Diane, à côté, m'a appelé et m'a dit : « Sylvie, il faut absolument que tu viennes parler avec M. Pilote, ça va t'intéresser ». Vous devinez qu'il est question de « Rouler franco ».

Sylvie est intervenante en apprentissage scolaire dans une école francophone. Elle aide les enseignantes dans le but de favoriser l'apprentissage des enfants qui ont des difficultés. On s'entend que les difficultés d'apprentissage, dans le contexte qui prévaut dans les écoles francophones, ne sont pas le fait de quelques exceptions. On sait que, selon les règles en vigueur, les écoles francophones doivent accepter dans leur rang les enfants qu'on appelle les « ayant droit », c'est-à-dire ceux qui ont un droit constitutionnel à une éducation francophone (généralement issus de parents ou de grands-parents ont reçu une éducation francophone). Beaucoup de ces enfants entendent parler en français pour la première fois lorsqu'ils arrivent à l'école, parce que le français n'est plus la langue d'usage dans leur famille. Certaines écoles admettent même des « non ayant droit » (aucune trace de français dans ces familles; cela fait d'ailleurs l'objet de grands débats actuellement), ce qui complique davantage la tâche des enseignantes et des intervenantes comme Sylvie. En fait, la plupart de ces enfants n'éprouvent pas de véritables difficultés d'apprentissage (intrinsèquement); leurs difficultés sont plutôt contextuelles, elles sont liées au fait que le programme n'est pas adapté à leur capacité réelle, tout simplement parce qu'ils ne possèdent pas les acquis nécessaires pour s'y conformer.

On a donc d'un côté des enfants dits « en difficulté » et de l'autre, des enfants issus de familles réellement francophones qui, eux, possèdent les acquis nécessaires. Ces derniers, malheureusement,  ne peuvent pas évoluer au rythme auquel ils le pourraient puisque l'application du programme francophone est ralentie par ce nombre important d'enfants qui n'ont pas les acquis nécessaires. De plus, les enfants francophones (ceux qui ont les acquis nécessaires), parce qu'on veut faire d'eux des enfants bilingues, doivent suivre le même progamme d'anglais que suivent les enfants anglophones, alors que, logiquement, ces enfants devraient plutôt suivre programme d'anglais « langue seconde » qui serait mieux adapté à leur situation.  Les enfants francophones ont donc double charge... Ce que j'en apprends des choses avec Sylvie!

Diane, qui a été enseignante durant de nombreuses années 
et Sylvie, intervenante en apprentissage scolaire.
Mais ce n'est pas tout! Nous discutons ensuite d'un thème qui m'est cher: le lien entre langue et culture. Sylvie m'explique qu'en situation de minorité, l'aspect culturel que porte la langue française fait défaut. Je m'explique. Qui est Samuel de Champlain? Étienne Brûlé ? Qui sont les auteurs importants en littérature, théâtre, cinéma ? Ne baignant pas dans une culture francophone, les enfants ne pourront acquérir de la langue française que sa dimension utilitaire. Or, en contexte minoritaire, alors que la vie courante se vit en anglais, une langue limitée à ses aspects utilitaires ne peut pas résiter longtemps. La majorité l'emporte, comme on dit. Pour pallier ce manque, l'école avait ajouté au cursus une dimension « construction identitaire » où des apprentissages sur le plan culturel devenait possible. Mais, me dit Sylvie, avec les coupures dans le domaine de l'éducation en Ontario, ce sont ces aspects du programme qui devront être abandonnés en premier... Ah! ce que j'en apprends encore avec Sylvie !

J'ai souvent souligné dans ce blogue l'importance pour les francophones d'avoir leurs propres écoles pour pouvoir offrir à leurs enfants une éducation en français. Encore faut-il que ces écoles soient en mesure de leur permettre d'acquérir une langue française qui l'est jusqu'à sa racine...

Autre observation de Sylvie: on sait que, de manière générale, les rapports parents-enfants et les méthodes éducatives ont beaucoup changé  au cours des dernières décennies. « Nous, me dit Sylvie, dans notre famille, parce que nous tenions à notre langue, nous exigions de nos enfants qu'ils l'adoptent à la maison et ailleurs lorsque nous le pouvions. Aujourd'hui, exiger, ce n'est plus très tendance...».

Ouf! Quand je pense que je ciblais un camping situé quelques kilomètres avant celui-ci et que j'ai finalement décidé de rouler encore un peu avant de m'arrêter. Quelle bonne intuition j'ai eu! Rencontre imprévue, rencontre tellement riche!

Merci Diane, merci Sylvie. Je repartirai avec une connaissance plus fine des enjeux auxquels les enseignantes et les intervenantes en milieu scolaire sont confrontés.










mardi 13 août 2019

Hearst, le petit miracle

Hearts demeure pour moi un mystère. Pourquoi le français parvient-il à se maintenir dans cette communauté? Je veux dire non seulement la communauté créée par les associations et les différents regroupements, comme je l'ai souvent vu, mais la communauté vivante, celle de la rue, du magasin, du restaurant... J'ai fait quelques lectures pour essayer d'identifier les facteurs en cause: historique de la ville, profil actuel selon statistique Canada, etc. Oui, j'en conviens, le fait que la majorité des citoyens (90%) de Hearst déclarent avoir le français comme langue maternelle est sans doute un facteur déterminant. Mais la majorité se déclare aussi bilingue et je n'ai pas vu encore une majorité de citoyens bilingues ne pas finalement adopter l'anglais, surtout dans le contexte où la ville est située dans une province très majoritairment anglophone. J'ai peine à croire que c'est seulement la force du nombre qui permet d'aboutir à ce résultat. Y a-t-il d'autres facteurs en cause?  Les plus jeunes conduiront-ils la ville vers un point de bascule, comme cela s'est souvent produit ailleurs? Je ne suis malheureusement pas resté assez longtemps à Hearst pour rencontrer des gens qui auraient pu m'expliquer ce qui se passe dans ce village gaulois. Quelqu'un peut-il m'expliquer?

Toujours est-il qu'à Hearts, je me suis senti chez nous. C'est comme si mon cerveau se faisait bercer. Prenez un enfant, bercez-le en fredonnant et il deviendra apte au bonheur. J'entends « le bonheur - joie de vivre », pas le bonneur que l'on achète et que l'on applique sur soi comme un vernis. Pareil pour mon cerveau! Lorsqu'il entend de toute part sa langue maternelle, il se met à secréter de l'ocytocine, et c'est tout mon être qui devient euphorique.

Un cerveau heureux fait alliance avec le coeur et le corps, et voilà que le regard change. C'est peut-être pour cette raison que j'ai soudainement eu envie de me faire une beauté...tout étant relatif. Jusqu'à ce moment, j'avais pris soin de Dolorès et de Lucien, mais trop peu de moi. Imaginez, deux mois sans me faire couper les cheveux...

Je me décide, j'entre chez Mary Ann et je lui fais part de mon désir. Elle jette un coup d'oeil à son horloge et me dit: « si tu t'es prêt tout de suite, j'ai le temps »! Ah! Quel allégement! Merci beaucoup Mary Ann, tu es une pro!

Nathalie, ma coiffeuse bien aimée, à qui je suis fidèle depuis 13 ans, dis-toi que ce n'était qu'une aventure...


Mary Ann dans son salon de coiffure
Mon passage à Hearst a été un moment heureux et une puissante poussée vers Shawinigan.


dimanche 11 août 2019

Le son des songes

« Le son des songes », c'est une très belle chanson de Richard Séguin (lien plus bas). Peut-être que je la trouve belle parce que je m'y reconnais... Enfin. Mais le son des songes, c'est aussi le son que j'aime entendre lorsque ma raison raisonnante est devenue prisonnière d'elle-même. La nuit porte conseil, dit-on. En fait, la nuit porte la voix de l'instinct, et l'instinct, c'est le meilleur ami de quiconque est confronté à ses limites.

À Kamloops, en Colombie-Britanique, après une bonne nuit de sommeil, j'ai senti qu'il était maintenant temps de rouler plus rapidement vers l'est. D'autres villes, d'autres gens, d'autres points de vues sur la francophonie, c'est ce que ma raison aurait voulu connaitre. Renoncement... parce que, je le répète, le temps est venu de rouler vers l'est! Je n'ai d'autres arguments que celui-ci : je le sens! Le ventre vaut bien le cerveau!

C'est à la suite de cette décision que je me suis rendu à Airdrie, en Alberta. J'avais déjà établi un contact avec Geneviève, celle que j'aime bien appeler « Geneviève la fidèle » (article du 6 août 2019). J'ai ensuite roulé jusqu'à Brooks, toujours en Alberta, et c'est là que j'ai rencontré les jeunes cyclistes. Et j'ai roulé encore et encore pour m'arrêter à Moosomin, en Saskatchewan,. J'avais le goût de dormir une autre fois dans cette province qui m'a fait vivre tant d'émotions (rappelez-vous: l'Assemblée communautaire fransaskoise, le festival fransaskois, le reportage de la fureteuse de Radio-Canada (Nicole Lavergne- Smith), la ferme de Martin Prince. Puis j'ai roulé vers Ste-Anne, au Manitoba, là où m'attendait Jacinthe et ses grenouilles (il est tellement beau son magazine Le Nénuphar - article du 7 août 2019).  Et le lendemain, j'ai roulé jusqu'à Dryden, ville qui marque le début du territoire ontarien. J'y ai dormi une nuit. C'est à Dryden qu'avait eu lieu ma rencontre avec Claire Drainville, cette femme qui s'est donnée pour l'amour de sa langue (article du 26 juin 2019). Puis je me suis rendu à Nipigon, point de rencontre de la route 17, qui longe le Lac Supérieur (que j'avais empruntée pour aller vers l'ouest) et de la route 11, que j'emprunterai pour visiter le Nord.

À Nipigon, soit dit en passant, le responsable du camping où je me suis installé est un type prévenant et organisé. Il pourrait louer un terrain de camping dans n'importe quelle langue. Tout est sur papier, tout est visuel: des plans, des pictogrammes, des dessins, des photos. Moi qui commence à être pas mal bon pour exprimer mes besoins en anglais lorsqu'il s'agit de louer terrain de camping...cette fois-ci, pas eu un seul mot à dire! Sinon un beau « tank you »! Je n'aurais pas pu le rencontrer au début de mon périple celui-là!

Le lendemain: route 11. On me l'avait décrite « difficile et ennuyeuse ». Que des épinettes, me disait-on. Bah ! je me suis déjà rendu deux fois jusqu'à Natashquan et, plus récemment, jusqu'à Kegaska, le nouveau point final de la route 138. Les épinettes, connais ça! Petit bonus: de très beaux lacs sur les bords de la 11.

Y a t-il quelques organismes dédiés à la francophonie sur cette route, avais-je demandé à Audrey Debruyne deux jours auparavant (par messenger)? Audrey, c'est la responsable du Centre culturel francophone de Thunder Bay. Elle aussi, elle est fidèle! Depuis notre rencontre, elle m'a souvent envoyé des informations pertinentes, comme ça, sans que je ne lui demande (merci Audrey!). Oui, me dit-elle, voici, voilà... Elle me parle notamment de Geraldton et de Longlac. J'ai alors tenté d'établir des contacts par courriel avec les responsables des organismes en question. Un peu à la dernière minute, j'en conviens. C'est l'été après tout! Eh non, je n'ai pas eu de retour... J'ai roulé et, une fois rendu dans le secteur, j'ai malgré tout décidé de passer devant le Centre culturel francophone de Geraldton, sans trop savoir si j'y trouverais présence. Personne. C'est encore l'été, il faut dire...

À Geraldton, je suis allé manger dans une petite binerie qui porte le nom de l'un de mes héros d'enfance...


J'en tenais aussi un autre pour héros, mais...pas vu. Dans ce village, pas d'homme masqué portant une cape noire et circulant à dos de cheval, je vous en assure. Cependant, chez Popeye, j'ai rencontré des francophones. Je dirais que la moitié des gens qui s'y trouvaient parlaient en français. Petite jasette avec trois dames sympatiques assises à la table à côté de la mienne. L'une d'elles, autrefois bibilothécaire dans une école francophone, s'est intéressée à mon projet. Elle est repartie avec l'adresse de mon blogue. C'est gentil. Merci madame! 

J'ai poursuivi ma route jusqu'à Hearst. Très intéressant Hearst ! Vous verrez.

En attendant, voici « Le son des songes »: https://www.youtube.com/watch?v=QQhkiSihVlI

mercredi 7 août 2019

Lucien le taquin

Ce matin, je ne trouvais plus ma montre. Fouille de fond en comble ma Dolorès, ne trouve pas... Cadeau d'un être cher, non ! il ne fallait pas... il ne fallait pas l'avoir perdue. Cherche, cherche encore. Tout à coup, j'y pense : c'est Lucien !
Voilà!


Ne vous inquiétez pas pour ma santé mentale, tout va bien. Juste un brin de folie!

Jacinthe et Le Nénuphar

Jacinthe habite à Sainte-Anne, une petite ville située à 40 km à l'est de Winnipeg. Elle a créé un magazine Web qu'elle a baptisé Le Nénuphar. Je le trouve beau, ce magazine! Pourquoi l'avoir nommé « Le Nénuphar » ? Explorez-le, vous découvrirez ! Mieux encore: abonnez-vous ! Une petite mine d'or à chaque mois, dans votre boite de réception courriel, et ce, gratuitement. Imaginez! Et par surcroît, vous encouragerez des gens qui travaillent pour la vitalté de la francophonie en situation de minorité.

https://www.magazinelenenuphar.com/

Jacinthe devant ses écrans ou devrais-je dire...ses étangs ! C'est ici que Le Nénuphar prend vie.

Jacinthe et moi avions communiqué il y a de cela quelques semaines, au sujet du Nénuphar bien entendu. Un secret pas du tout bien gardé: l'idée était d'explorer la possibilité d'une collaboration (chut! ce n'est pas parce qu'il est question du Nénuphar que nous allons tolérer le grenouillage!). Au moment de mon aller vers l'Ouest, Jacinthe était au Québec. « J'arrêterai au retour », lui avais-je promis. Me voilà!

Martini, vin, bière japonaise (Kirin Ichiban: excellente, soit dit en passant), délicieux souper, dodo dans un bon lit et deux brassées de lavage! Allons-y pour l'essentiel maintenant: des personnes uniques avec qui j'ai vécu un moment des plus agréables !

Jacinthe et son conjoint Yuki ont deux enfants, France et Vincent. France vit en appartement à Winnipeg, Vincent habite chez ses parents. Ces deux jeunes adultes sont des judokas de haut niveau. Ils ont étudié au Japon et y ont perfectionné leur judo avec de grands maitres. Ils sont trilingues, évidemment.
Jacinthe, Yuki et Vincent
Yuki, leur père, est aussi trilingue, et son français, pourtant troisième langue acquise, est absolument impeccable. L'une de ses réflexions à propos de son apprentissage du français m'a charmé au plus haut point. Il disait essentiellement ceci: « on ne peut comprendre et aimer une langue que si on peut saisir la culture qu'elle porte. Moi, c'est en écoutant Brel, Brassens, Aznavour que j'ai saisi l'essence de cette langue ». Voilà l'enjeu: la connaissance d'une langue passe par la connaissance de ses référents culturels. Opinion que partage Jacinthe. C'est d'ailleurs la première chose qu'elle m'a dite au sujet de l'intention qui l'anime lorsqu'elle crée le contenu du Nénuphar : fournir des référents. Elle me fait remarquer qu'un bon nombre de jeunes issus de la francophonie en situation de minorité, ne possédant pas ces référents culturels, ont de la difficulté à saisir les métaphores, les jeux de mots, la pensée symbolique. Elle a donc conçu des exercices pour aider les jeunes à acquérir cette capacité (vous les trouverez dans la section « Langue française »). Certains professeurs ont commencé à utiliser ces contenus comme outil pédagogique. Jacinthe espère que l'idée se répandra. De fait, je l'ai souvent dit dans ce blogue, une langue, c'est pas qu'un simple moyen de communication. Une langue, ça exprime et ça évoque. C'est souvent dans ce qu'elle évoque que se logent sa grandeur et sa beauté.

Vincent s'exprime à son tour. Pour lui, la langue française, qu'il maitrise très bien d'ailleurs, a le défaut de contenir trop d'exceptions, ce qui la rend inutilement complexe. À plusieurs égards, son point de vue se rapprochait de celui de la linguiste Maria Candea, que j'ai cité dans l'article du 31 juillet dernier (Les francophones de Nanaimo). Propos que j'ai souvent entendus chez les plus jeunes. L'argument: de nos jours, il y a tant à faire, tant à expérimenter, tant à vivre, pourquoi passer autant de temps à étudier les subtilités d'une langue qui n'ont aucune valeur ajoutée. Cette réflexion me ramène tout droit à ce beau passage du livre Les Barbares, essai sur la mutation, où l'auteur, Alessandro Barrico, dit ceci à propos de notre époque : « [...] ainsi s'est imposée l'idée que l'intensité du monde ne vient pas du sous-sol des choses, mais de la lumière d'une séquence dessinée à la hâte sur la surface de l'existant ». Le monde change ! Cela dit, ce qui m'importait le plus lors de cette soirée, c'est que le débat pouvait se tenir et qu'il se tenait avec rigueur et respect.

Ah ! mais quelle belle soirée j'ai passée en compagnie de cette petite famille aux esprits bouillonnants. Dans cette maison les mots ne manquent pas...

Merci pour votre accueil chaleureux.